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Eddie Chapman, éleveur de Jack Russell (2) Le célèbre éleveur-déterreur d'Outre-Manche, Eddie Chapman, raconte qui furent ses maîtres. Il nous révèle combien il eut la chance de rencontrer Gerald Jones, héritier direct et unique conservateur, en son temps, de l’histoire et du patrimoine du Jack Russell terrier. L'histoire du chenil de Foxwarren, deuxième partie.
Mon maître M. Jones
« D'autres ont influencé ma jeunesse, comme Charles Parker de Heythrop et Hawkstone, qui m'a beaucoup enseigné, en restant à ses côtés, des territoires de chasse et de la terre.
Mais le déterreur de la chasse d’Exmoor, Gerald Jones, plus connu sous le nom de « Dan Russell », fut pour moi comme rencontrer Jack Russell en personne, lorsque je suis allé la première fois à la chasse à Exmoor en 1963.
Aucun autre plus que lui, de Jack Russell et de ses terriers, ou de Arthur Hinaman dans le même domaine, n’a autant reçu, jusqu’à ses premiers terriers donnés par Hinaman lui-même.
M. Jones, comme je l'ai toujours appelé, était un professeur de nature, voyant à quel point j'étais vif à comprendre la race et le travail du terrier, il s'est intéressé à mon éducation dans le domaine de l’élevage. Chose que je n'ai pas su apprécier alors mais qui, je l’ai réalisé enfin, à mesure que les années s'écoulaient, devenait de plus en plus importante pour moi.
Je suis allé régulièrement dans sa maison qui était alors comme un temple dédié à Jack Russell, avec toutes sortes d'objets en relation avec le grand homme : pedigrees de ses terriers, lettres innombrables écrites par lui, avec les photos, les livres le concernant que j'ai lu avec bonheur.
Malheureusement un jour la maison de M. Jones a brûlé de fond en comble, tout est parti en fumée. Ce fut une tragédie, non seulement pour moi mais aussi pour le monde du Jack Russell, parce que l’histoire entière de la race était là, une sorte de musée et tout un pan de ma vie. »
Ajax, descendant direct du créateur
« À l'Exmoor, comme second bouton d’équipage, j’avais seulement un cheval que je ne pouvais monter hors des quatre jours de chasse par semaine. Alors pendant les trois autres jours je courrais avec un terrier et une bêche, j’obtenais invariablement de n’importe quel chien qu’il parvienne au terrier bien avant la meute, chien qui appartenait à Mme Enid Hosegood qui élevait les terriers de chasse et que M. Jones faisait travailler.
Mme Hosegood avait une longue lignée de Jack Russell bien établie au-dessous de douze pouces (30,5 cm), qui lui avait été remise par son père qui les avait élevés avant elle et qui apparemment les produisait depuis le début du siècle.
Le dernier apport à son programme d’élevage à ce moment-là était un chien de onze pouces (28 cm) qui avait été produit par la duchesse de Beaufort. Un terrier qui était réputé avoir été un descendant direct d'un terrier donné au huitième père des ducs par Jack Russell lui-même, un chien appelé Ajax. Le huitième duc m’a personnellement confirmé cette histoire quelques années plus tard lors d’une l'exposition de terrier de chasse à Exmoor alors que le duc jugeait les terriers. C’est d’ailleurs la seule fois, selon moi, où le duc a jugé des terriers. Comme pour moi elle fait partie de l’histoire du Jack Russell, je vais raconter ici l'épisode de cette conversation. »
La Bêche d'Argent et la rencontre du Duc de Beaufort
« Ce jours là, l'Exmoor donnait un prix spécial pour les terriers de chasse : une bêche d’argent, qui avait été, d'après les informations reçues, employée par la reine Victoria pour retourner la première pelletée de gazon des travaux de construction de la route de AI.
Cette bêche était ce jours là un prix au delà de tous les autres. Un grand nombre de chasseurs de terrier venait de très loin tous les ans pour essayer de le gagner. J'avais gagné cette bêche les deux années précédentes avec le même chien, le chien de onze pouces (28 cm) qui était la copie conforme du chien Sinbad et qui était un « grand monsieur », que Mme Hosegood avait acheté auprès de la duchesse de Beaufort.
Pendant la totalité de l'exposition, le duc, qui vraiment se faisait vieux, se reposait au milieu du ring appuyé sur son bâton de tir pendant que les terriers défilaient autour de lui. Quand finalement, il pointait de sa canne trois candidats qu’il considérait les meilleurs, ceux-ci étaient invités à s’aligner devant lui par M. Jones, chargé de son secrétariat, afin qu’on leur remette leurs rosettes respectives.
La classe de la bêche argentée était toujours la dernière de l'exposition. J’avais laissé mon petit chien Sinbad, enfermé à l’écart, caché au fond de mon fourgon.
Pourtant quand je me suis présenté avec Sinbad, soudainement et pour la première fois ce jour là, le vieux duc s’est levé et a presque couru vers moi, depuis le milieu du ring.
– Où avez-vous eu ce chien ? m’a-t-il demandé.
– Je l’ai élevé moi-même votre grâce ! ai-je répondu.
– Je vous l’achète tout de suite ! m’a-t-il dit.
– Il n’est pas à vendre votre grâce !
– Ne chicanez pas avec moi jeune homme, je veux ce chien et je suis déterminé à l’avoir !
– Je vois bien que vous l’êtes, votre grâce, mais je me séparerais de ma femme plutôt que de ce chien or je ne me séparerais d'elle pour rien au monde. Désolé votre grâce, mais je n’envisage pas de le vendre !
Bien entendu le duc n’était pas habitué à recevoir un refus pour quoi que ce soit, de qui que ce soit et certainement pas, sachant qui il était, d’un simple chasseur de terrier comme moi. Il était cavalier de la reine et maître aîné de toutes les chasses à courre du Royaume-Uni.
– Vous êtes Eddie Chapman n‘est-ce pas ? a-t-il dit. Dans le Monmouthshire c‘est bien vous ?
– Oui votre grâce ! ai-je répondu.
– Notre maître commun m'a parlé de vous l'année dernière quand il a visité votre chenil tout en jugeant une exposition de chiot dans le Monmouthshire. Il m'a aussi parlé de ce chien. C’est drôle que vous tourniez dans cette exposition avec lui !
Alors il m’a parlé du chien Ajax, de son élevage et de ce que son père avait fait avec Jack Russell. Il m’a expliqué à quel point mon Sinbad ressemblait, presque à l’identique, à Ajax. Il allait et venait sans cesse autour du chien, pendant un temps infini alors que les autres concurrents de l'exposition attendaient là, mais aucun audacieux pour oser lui en faire la remarque. Jusqu’à ce que finalement il cède et réalise que j'étais déterminé à garder mon chien.
Inutile de dire que Sinbad a gagné la Bêche d'Argent pour la troisième fois cette année là. »
Eddie Chapman, traduction Dominique Sablons |