Club officiel de la race en France. Il est affilié à la Société Centrale Canine. Il gère l'élevage du Jack Russell Terrier et du Parson Russell Terrier.
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Ode à Magnum

Si sourd, si Jack Russell
Magnum, sourd.13e année, est-ce raisonnable ? Passion ou raison, le choix est fait, le chien est découplé. Comment le doyen de la meute des fameux petits terriers va-t-il se comporter ?

A douze ans, l’usure s’installait progressivement. Il avait été un grand chien – quoique petit par la taille – et avait enchanté, par ses prouesses multiples et parfois hors du commun, les très nombreuses sorties de son traqueur de maître. Il avait été tout à la fois chasseur de sanglier prudent et pugnace, déterreur acharné et combatif, retriever pourquoi pas et chien de sang s’il le fallait. Il avait tenu au ferme les sangliers les plus gros et immobilisé les moins vigoureux, tenu tête aux renards les plus têtus et estourbi les plus timides, avait intercepté les chevreuils empêtrés dans les ronces et coiffé ceux qui tardaient à se mettre sur pied, avait brisé les reins des putois inconscients… de quelques chats harets aussi…, s’était empoigné avec des blaireaux et ratons laveurs et avait mille fois sonné de ses trois alarmes rituelles que son maître reconnaissait entre toutes, ses rencontres avec les bêtes noires. Son panache était aussi blanc que la neige et son masque d’un orange vif ensoleillait son regard perçant.

Monstre sacré de la chasse
Magnum avait été un monstre sacré de la chasse, un Gabin, un Ventura… un chien au cœur tendre. Hardi et gentil comme il convient à ceux de sa race (ou tels qu’il conviendrait qu’ils soient maintenus), jamais une bagarre ne l’avait intéressé ou attiré… il laissait ça aux roquets et aux jaloux kamikazes et terroristes. Hélas, Magnum n’échappait pas à sa condition d’être vivant. Il vieillissait donc… comme tout le monde. Vigoureux encore, passionné et motivé à l’extrême, ses muscles saillaient toujours dans ce corps d’athlète dont quelques rares estafilades avaient entamé le cuir… deux fois tout au plus au cours d’une si longue et si brillante carrière. L’orange de son masque avait certes un peu terni et les zones cicatricielles qui lui balafraient le museau le faisaient ressembler à un baroudeur ; L’œil était encore vif, mais l’oreille depuis quelque temps lui manquait. N’allez pas croire qu’un blaireau la lui avait arrachée. Non, Magnum était sourd tout simplement et il allait entamer avec ce handicap sa 13e saison de chasse. Il ne fallait donc plus s’attendre à ce que la trompe l’aide à retrouver le chemin du retour. Heureusement, autant de métier et d’intelligence cumulés permettait de faire confiance à son sens de l’orientation pour des replis laborieux peut-être, mais inévitables ce-pendant. En ce tout début d’octobre, à l’occasion de cette première battue, le moment est venu se faire l’expérience de cette toute récente et (apparemment) totale surdité. Lui que l’on surprend maintenant en lui arrivant dans le dos même d’un pas lourd et bruyant, alors qu’il entendait les griffes d’un loir sur le crépi de la maison. Comment va-t-il se tirer d’affaire avec ce handicap nouveau ? En ce début de traque, sa quête semble en tout cas raccourcie et ses retours plus fréquents… comme pour garder, en l’absence du contact sonore, au moins le visuel et l’olfactif. Il faut dire que sans présence apparente de sanglier, rien ne peut l’inciter à partir. L’enceinte est constituée d’un immense rectangle que nous mettrons la matinée toute entière à parcourir en trois bandes d’égale largeur. Nous avons à remonter la première, à descendre la deuxième, centrale celle-là, avant de remonter à nouveau la troisième. Toutes trois dans leur longueur. Autrement dit, nous avons du pain sur la planche.

La meute vient à la rescousse
L’aller ne nous livrera rien, la première moitié du retour n’en fournira pas davantage quand enfin la seconde moitié décide de se montrer plus généreuse. De-ci de-là un chien se récrie sur lequel Magnum ne rallie bien sûr pas, indépendant quoi qu’il en soit, mais sourd qui plus est. Quelques coups de carabine claquent tout de même, à peine audibles tellement le temps est mauvais. Mais sont-ce chevreuils ou sangliers ? Ah ! Ces maudits postés, toujours aussi timides dans leurs annonces ! Au départ de la troisième bande (au bout de laquelle s’achèvera la battue et qui nous amènera hélas au plus loin de notre véhicule) dans un fatras de roseaux et de saules enchevêtrés, la petite meute vient de faire prise. Un bête noire grogne son mécontentement et hurle sa douleur sous les dents de 6 ou 7diables blancs parmi lesquels – encore que je n’en sois pas sûr – Magnum qui évidemment n’a rien entendu, ne figure pas. Réussissant à s’échapper avant que le couteau du maître ne mette fin au supplice, il entraîne dans son sillage un chapelet de poursuivants. Parti en retour, il se fait immédiatement tirer, à la hanche et dans les culottes par le Rambo traqueur tout proche armé (hélas !) quant à lui d’un fusil. Dans ce fouillis inextricable, le coup n’était pas facile. Sait-on même s’il n’était pas quelque peu hasardeux. Le calme revient et les poursuivants un à un rebroussent chemin, au rythme de leur degré respectif de ténacité et des difficultés rencontrées sur leur pas-sage dans cette végétation par endroit infranchissable. La traque continue et, et dans les 5 minutes, tout le petit monde revient au compte-gouttes. Tous sauf Magnum… de tout temps plus tenace certes, mais sourd dorénavant aux appels de la trompe. Il pleut depuis ce matin sans discontinuer et le vent n’arrange rien – même pour les « bien-entendants » qu’ils soient hommes ou chiens. Tous les clairons du monde ne pour-raient le faire revenir et nous allons donc bientôt toucher au but sans l’avoir revu. Encore un layon où la ligne de traque se réalignera et qui permettra de recompter la troupe au sein de laquelle il n’est toujours pas là. A quoi bon alors pousser jusqu’au bout où il n’a pas plus de raison d’être. Laissons donc la ligne de traque continuer sans nous. Pourquoi d’ores et déjà ne pas entamer prématurément le repli vers la voiture et le croiser peut-être ?

Au loin, entre deux bourrasques n’entend-on pas d’ailleurs un chien qui aboie… peut-être lui, perdu et qui appelle, peut-être un mirage aussi – mirage sonore si souvent entendu lorsqu’on prend ses désirs pour des réalités lors de la recherche d’un égaré. Plus on progresse, plus le doute s’estompe pourtant, plus l’espoir renaît, plus la certitude se fait réalité. Ça gueule en effet, là-bas, très loin, mais ça bouge et se déplace. Sans doute le chien qui cherche à retrouver notre voie et se manifeste à chaque arrêt… Maudite vieillesse, pourquoi nous dégrades-tu ainsi, qu’as-tu fait de Magnum ? Cent mètres encore et les cris se précisent, trop lointains pour être interprétables. Pourtant les 8 Jack de l’escorte commencent à lever l’oreille, intrigués, inquisiteurs. Eux l’ont reconnu… la voix leur est familière qui des centaines de fois déjà les a attirés dans de bons coups. Ils avancent pour écouter mieux et s’en persuader. C’est bel et bien celle du chef… qui ne gueule pas « au perdu ». Non, non… le copain est au ferme et ça roule, faute, à lui-seul, de parvenir à immobiliser le fuyard. Cinquante mètres encore et la meute qui a tout compris se précipite à la rescousse. En une minute, de toute évidence le contact est repris et la bête est cernée. Le maître devra courir 300 à 400 m au moins pour parvenir là où, à 9, ils viennent  de concrétiser son rêve. Le rêve d’un maître pourtant septique, mais une nouvelle fois subjugué, dont le vieux chien adulé et imaginé sénile, sourd, seul et durant une heure, par le plus grand des hasards d’un retour anticipé qui n’avait pour but que de rechercher un perdu, venait de réaliser une fois encore ce qu’il espère de tout cœur ne pas devoir narrer comme le dernier exploit de son héros.

Jean-Michel Rainon.

P.S. Le sanglier était celui de Rambo. Il avait reçu la balle dans la pince d’un antérieur et pesait 57 kg.

 
 
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