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Hardi chasseur, gentil compagnon Éleveur, chasseur et membre du Comité, Jean-Michel Rainon dévoile les rudiments d’une méthode qui lui vaut tant de succès. Son procédé, très particulier, consiste à chasser avec une meute de Russell terriers, lesquels sont traités comme des coqs en pâte le temps du repos. Chasse active, agile, prudente et tenace ; spectaculaire et moins périlleuse pour le chien : le concept séduit. Il installe l’image du chasseur sensible au sort de ses compagnons.
Le regard brillant de Jean-Michel Rainon contraste curieusement avec l’attitude d’un homme tranquille, vêtu de noir. Il exprime passion et engagement. L’homme est sympathique, on l’écoute avide de découvrir ses secrets :
« L’engouement grandissant des chasseurs pour les chiens hardis mais nullement téméraires, gentils compagnons mais surtout pas terroristes, ni kamikazes, m’a poussé d’année en année à grossir ma meute. Celle-ci en s’étoffant, s’est révélée d’une efficacité décisive. Les demandes d’interventions se sont donc multipliées. Je n’ai pas su refuser ! Mon calendrier d’activités cynégétiques ne désempli pas !
Comment répondre à ces appels croissants et si tentants ? Comment les satisfaire sans exténuer les chiens, toujours les mêmes, par des sorties fréquentes, et sans être amené à abandonner une meute au chenil ? Comment cantonner mes chasseurs sans aliéner leur seconde formidable qualité : la convivialité ?
Par nécessité, je voulais mes chiens nombreux pour la chasse. Par obligation familiale, je devais limiter leur nombre à la maison pour qu’il reste compatible avec le seuil de tolérance de mon épouse. Et par principe, je ne pouvais pas me résoudre à leur imposer l’exiguïté abêtissante du chenil.
Beaucoup de personnes de mon voisinage se laissaient séduire par la familiarité de ces petits chiens. Jeunes ou âgés, en couple, en famille ou solitaires, elles s'exaltaient à l’idée d’avoir un copain de cette qualité là.
Une idée m’est alors venue : Pourquoi pas des « familles d’accueil » pour ma meute ? Mes compagnons auraient un foyer, une famille pour les accueillir, les chérir… À condition que leurs hôtes acceptent l’idée que je puisse les sortir et les faire travailler… »
Le principe échafaudé, il ne restait plus qu’à l’éprouver, à l’ajuster… À discerner un singulier équilibre ! Car si les Russell terriers sont d’excellents compagnons, ils sont aussi ardents et têtus, pour ne pas dire rancuniers. L’intelligence de leur amitié se nourrit d’une présence cohérente, sans faiblesse, sans négligence de la part du maître. Leurs incoercibles instincts de chasseurs s’expriment d’abord dans le jeu puis dans les bêtises, ou les sanctions, s’ils ne sont pas justement canalisés dans l’exercice de leurs aptitudes. Au point que, reclus et sans compagnie, leurs atavismes les condamnent à la folie faute de pouvoir se manifester.
Familles d’accueil pour hardi compagnon
Avertis de tels engagements, les candidats à l’adoption ne manquèrent pas. Jean-Michel Rainon a su choisir les meilleurs foyers pour ces remarquables compagnons. Ainsi depuis douze ans un rituel s’est installé dans les « familles d’accueil » :
« Chaque matin de chasse, au bruit du moteur qu’ils reconnaissent entre mille et qu’ils perçoivent bien avant son arrivée, ils attendent, fébriles, le « 4x4 de ramassage » ! Sans hésiter, joyeux et excités, ils quittent la douceur du coussin, du fauteuil, du lit, du foyer, des maîtres pourtant attentifs et affectueux : pour partir à la chasse !
Le soir venu, déposés par la navette, les valeureux et acharnés guerriers regagnent leurs pénates le corps fourbu, la tête remplie de combats héroïques. »
Jean-Michel Rainon n’a plus à établir les fondements de sa méthode : ils reposent sur les aptitudes du Russell terrier. L’ardeur et l’intelligence de sa meute sur le terrain, la satisfaction des maîtres quant à la gentillesse et à l’épanouissement de leur compagnon répondent pleinement aux espoirs de chacun :
« Elle est là l’ambivalence du Russell terrier ! Ce chien est, à l’extrême, entièrement dévoué à son maître, convivial, sympathique et vaillant, vif, malin, tenace face à la pugnacité du plus gros sanglier, au plus rusé renard ou au plus vindicatif blaireau.
Son attachement à la cellule familiale est grand, il ne résiste pas à l’appel du « car de ramassage » car il n’oublie pas la chaleur du foyer au retour de la chasse. Il n’y pas là de paradoxe même s’il est parfois difficile de penser que ces adorables compagnons peuvent se comporter en terriers acharnés ou en broussailleurs infatigables. »
Il conclut : « Ne nous imaginons surtout pas que la pratique de la chasse risque d’altérer leur sociabilité, pas plus que leurs fréquentations assidues du fauteuil peuvent les rendre inefficaces sur le terrain. Ils sont capables de tout ! »
Sur les propos de Jean-Michel Rainon, Dominique Sablons |