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Dan Russell (2) Poursuivons l’entretien d’Eddie Chapman avec Gérald Jones, alias Dan Russell, alors âgé de 85 ans. Dans ce précieux témoignage nous découvrons que les motivations du pasteur John Russell et d’Arthur Hinaman, son successeur, sont bien celle de la chasse et que leur quête du terrier actif idéal a abouti de leur temps. Celui-ci confirme que pour ces deux personnages comptaient avant tout, parmi bien d’autres qualités, sur l’obstination, le courage et la gentillesse de ce petit chien rustique.
« Eddie Chapman – Hinaman a-t-il jamais présenté ses terriers en exposition ?
Dan Russell – Non, il n’avait pas de temps à perdre pour les parades, ni pour les terriers de parade. Comme John Russell, il n’avait qu’une référence, celle du courage absolu.
E. C. – Hinaman a-t-il gardé des pedigrees de ses terriers ?
D. R. – Oui, il gardait des pedigrees méticuleux, mais malheureusement, après sa mort, la plupart de ses dossiers semblent avoir été perdus.
E. C. – Arthur Hinaman était-il un marchand de chien ?
D. R. – Non, il n’était pas un marchand de chien, mais j’imagine qu’il a fait pas mal d’argent avec les terriers qu’il a vendus et qu’il a produit lui-même. Il ne manquait pas d’acheteurs pour eux.
E. C. – John Russell était-il autant un marchand de chien qu’éleveur de terriers de travail au renard ?
D. R. – Oui, vraiment beaucoup. Il achetait ou chapardait n’importe quel terrier qu’il pensait apte au travail, le façonnait puis le revendait. Il allait toujours chaque année à la Scourror House dans Cornwall pour un séjour. Ils avaient leur propre souche de fox-terrier qu’ils appelaient le terrier Scourror, réputé être de pure lignée depuis plus de deux cents ans. Au départ il prenait n’importe quels terriers dont eux ne voulaient pas.
E. C. – Y a-t-il eu beaucoup de pur-sang de John Russell abandonné dans le Pays Ouest quand vous étiez un jeune homme ?
D. R. – Oui, personne n’a semblé en conserver beaucoup d’autre et ça a baissé surtout sous l’influence d’Arthur Hinaman.
E. C. – Avez-vous toujours travaillé aux terriers avec Arthur Hinaman, à part l’époque où vous l’avez d’abord rencontré, quand vous aviez sept ans ?
D. R. – Oui, par épisodes, pendant environ dix années. Principalement sur le blaireau, mais on doit se souvenir que Hinaman était un déterreur de blaireau, et non pas un persécuteur de Blaireau. C’est une très grande différence. Il avait un grand respect pour le blaireau, aussi bien que la plupart des vrais hommes de terrier et il n’aurait jamais fait de mal à celui-ci si ce n’était pour le tiré. Il l’enlevait dans un sac pour le libérer ailleurs, là où ce n’était pas un embêtement.
E. C. – Où habitiez-vous ?
D. R. – D'habitude à Porlock Wear.
E. C. – Achetiez-vous toujours n’importe lequel de ses terriers ?
D. R. – Non, il m’a très gentiment donné deux terriers, mes tous premiers en fait. C’était un homme très généreux effectivement, contrairement aux nombreuses histoires que l’on entend à propos des juifs, car il était un juif, né en Amérique de parents juifs américains.
E. C. – Quelle robe était dominante dans les chenils d’Hinaman ?
D. R. – La plupart des robes avait le poil broken, quelques-unes avaient le poil lisse.
E. C. – Y avait-il de mauvais traits chez ses terriers que vous n’aimiez pas ?
D. R. – Non, excepté peut-être qu’ils étaient un peu chauds.
E. C. – Était-il de pratique commune du temps de Hinaman pour les éleveurs de croiser d’autre sang à leurs lignées de Jack Russell ?
D. R. – Non, je ne pense pas qu’il se soit jamais produit, pour quiconque, de mettre d’autre sang dans le Jack Russell, car on ne pouvait pas améliorer ces lignées pour le travail qu’on exigeait d’eux, sur le blaireau ou sur n’importe quoi d’autre. Ils étaient le terrier aboyeur parfait et on pouvait travailler avec eux le jour entier sans la plus petite blessure.
E. C. – Arthur Hinaman tuait-il toujours les blaireaux qu’il déterrait ?
D. R. – Quelquefois, sinon certains Blaireaux étaient déplacés là où ils ne faisaient aucun tort.
E. C. – Quelle taille de chien utilisait-il surtout au déterrage du blaireau ?
D. R. – Tel que je m’en souviens, et je regarde de soixante ans ou plus en arrière, ses principaux chiens de blaireau étaient d’environ 12 pouces (30,5 cm). Il disait toujours qu’il n’y avait rien qu’un bon terrier de 14 pouces (35,5 cm) puisse faire qu’un bon terrier de onze pouces (28 cm) ne puisse pas faire mieux. Mais on doit s’en souvenir, il faisait allusion au blaireau creusant surtout dans sa partie du Pays Ouest. Ses plus petits terriers pouvaient manœuvrer tellement mieux, vous voyez dans les grandes galeries du blaireau. Ils dépendaient de leur voix pour garder le blaireau acculé et pour que les déterreurs puissent les entendre, pas par la force brute comme certaines personnes semblent le penser. Ils étaient intelligents, le jeu des terriers aboyeurs, rien de plus. Certains de ses meilleurs chiens n’avaient pas plus de dix pouces (25,5 cm).
E. C. – Pour quelles chasses avez-vous travaillé avec vos terriers ?
D. R. – J’étais déterreur pour la Chasse d’Enfield, pour les Old Barks et, les dernières années, pour celle d’Exmoor.
E. C. – Arthur Hinaman avait-il son propre équipage de chiens de meute, et si oui, qu’a-t-il chassé avec eux ?
D. R. – Il était maître d’équipage des Cheriton Otter Hounds. (Chasse à la loutre).
E. C. – Était-il un homme riche ?
D. R. – Non, il n’était pas riche mais il avait quelques revenus privés. C’était aussi un auteur sportif éminent et doué. Il a écrit pour toutes les principales publications sportives. Les histoires à son sujet le présentant comme dépensier d’une vaste fortune étaient complètement erronées.
E. C. – Conduisait-il les chiens de meute ?
D. R. – De temps à autre, pour la chasse au renard aussi bien que pour la chasse au cerf.
E. C. – Était-il toujours le déterreur, pour ainsi dire, des Foxhounds d’Exmoor ou d’un autre équipage local ?
D. R. – Non, pas à ma connaissance, mais il a travaillé avec ses terriers pour le Cheriton Otterhounds quand il en était le Maître et qu’ils couraient avec l’équipage.
E. C. – Arthur Hinaman creusait-il lui-même lors de la chasse au blaireau ou engageait-il des hommes, comme monsieur Jocalin Lucas faisait ?
D. R. – Non, il creusait lui-même, mais beaucoup d’hommes du coin le suivaient et chaque fois ils finissaient au pub. Il achetait toujours les boissons ou tout ce qu’ils voulaient d’autre. Il était presque trop généreux dans ce cas.
E. C. – Combien de terriers mettait-il sous terre à la fois ?
D. R. – Seulement un à la fois, excepté lorsqu’un accident se produisait, d’autres entraient, ou au moment où plusieurs terriers courraient avec les chiens courants et entraient ensemble avant qu’ils puissent être rattrapés.
Il affirmait qu’il ne prouvait rien en utilisant plus d’un terrier à la fois : au renard, à la loutre ou au blaireau ; ce n’aurait pas été considéré comme sportif.
E. C. – Hinaman utilisait-il le même terrier pendant toute la journée ? Ses terriers pouvaient-ils faire le travail d’un jour complet au renard ou au blaireau à lui seul ?
D. R. – Oui, il les évaluait constamment pour le courage et travaillait même avec un terrier pendant plusieurs jours s’il n’a pas reçu de blessures, de cette façon il a maintes fois prouvé leur vaillance, leur ardeur à quiconque était présent. Il n’était pas stupide bien que si les circonstances le demandaient, il n’hésitait pas à changer à un terrier frais sur un déterrage exceptionnellement long.
E. C. – Comment Hinaman s’occupaient-il d’un Blaireau à la fin d’une fouille ?
D. R. – Il était attaché et mis dans un sac pour être libéré ailleurs ou tiré aussitôt déterré. Il n’a jamais permis aucune absurdité à la fin du déterrage et s’en occupait presque toujours lui-même. Il enlevait aussitôt le terrier qu’il entrait de force dans le trou si le chien faisait face au Blaireau, mais s’il avait besoin de temps pour creuser sur le Blaireau parce qu’il creusait dans de la terre molle, il laissait le terrier attirer l'attention du Blaireau pendant qu’il creusait.
E. C. – À quel âge mettait-il ses terriers au travail et sur quoi ?
D. R. – À environ dix-huit mois, directement au blaireau.
E. C. – À quel âge mettait-il ses terriers à la retraite et qu'est-ce qui leur arrivait ensuite ?
D. R. – Je ne sais pas.
E. C. – Pouvez-vous décrire des terriers d'Arthur Hinaman, des points de conformation, etc. ?
D. R. – La majorité de ses terriers avaient autour de 12 pouces (30,5 cm) de hauteur et une robe poil « broken ». Ils avaient de bons avants avec les jambes idéalement droites, même en bas chez les très petits. Ils avaient de bonnes têtes sans être grands, bien que les mâles gardaient le petit côté masculin supplémentaire comparés aux femelles. Ils semblaient tous avoir de grandes dents fortes. Principalement ils n'étaient pas trop longs du dos et, s'ils paraissaient finalement allongés, ils le compensaient par une belle longueur de jambe.
E. C. – Attachait-il beaucoup d’importance à la carrure de ses terriers ?
D. R. – Oh Seigneur, oui ! qu'il voyait comme une des parties les plus importantes d'un terrier. Il demandait que ses terriers soient coffrés peu profond et sur la jambe, même les plus petits, donc ils étaient capables de suivre un renard dans la partie la plus étroite d'une garenne. Même ses plus grands, ceux jusqu'à quatorze pouces, étaient tous facilement « extensibles ».
E. C. – Quelle était la couleur dominante dans le chenil de Hinaman ?
D. R. – Surtout fauve et blanc bien qu'il en eût toujours quelques-uns tricolores.
E. C. – Hinaman insistait-il sur le masque de la tête et sur une tache à la base de la queue ?
D. R. – Non, aucun d’entre eux, c’est un non-sens !
E. C. – Est-ce que ses terriers étaient toujours entièrement pigmentés aux bords de l’œil ?
D. R. – Seulement ceux qui étaient marqués autour des yeux. D’autres ne l’étaient pas et d’autres ne l’étaient que sur la moitié de la face ou d’autres tout blanc. Parfois certains manquaient de pigmentation sur les yeux, mais il n'en faisait aucun cas, au point que ce soit une caractéristique de la race.
E. C. – Hinaman coupait-il les queues de ses chiots ?
D. R. – Oui et il leur enlevait aussi les ergots.
E. C. – Quand Arthur Hinaman est-il mort ?
D. R. – Un jour de janvier 1930, il quittait la chasse à courre, par un foutu temps, misérable et humide. Il en est rentré trempé et a attrapé froid. La pneumonie l’a emporté en une semaine. Seulement, j'étais une des six personnes venues à ses funérailles. Il fut immédiatement mis à l’écart de la paroisse où il a été enterré, qui finalement ne lui était pas dévouée.
E. C. – Combien de terriers a-t-il laissé quand il est mort ?
D. R. – Aucune idée certaine, mais probablement beaucoup. Sa servante de chenil, Annie Rowl, les a pris après sa mort. Elle est devenue la présidente du Club du Blaireau de Devon et fut, pour peu de temps, la gouvernante de Henry Williamson, qui a écrit « Tarka la loutre ». Après son mariage avec un homme appelé Harris, son intérêt pour les terriers a diminué, bien qu'elle ait toujours gardé certains terriers jusqu'à sa mort.
E. C. – Pensez-vous qu’il y ait beaucoup du « sang Hinaman » maintenant ?
D. R. – Beaucoup ont gardé les mêmes lignées pendant des années, mais elles doivent toutes être légèrement diluées aujourd’hui. Il est encore possible d’en voir l'abondance du bon type lors des expositions, mais je doute qu’elles puissent être plus que la très petite part produite par l’élevage de Hinaman. Bien que si aucune autre race n’avait été introduite au cours des ans, il pourrait y en avoir assez maintenant qui porte un haut pourcentage de sang pur. Soixante ans ce n'est pas long vous savez ! »
Extrait du livre The Real Jack Russell, Eddie Chapman, 1993,
avec l'aimable autorisation d'Eddie Chapman.
Traduction Dominique Sablons. |