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Dan Russell (1)

En matière de Jack Russell, Eddie Chapman détient un savoir mille fois vérifié sur le terrain. Il doit ses connaissances en bonne part à la rencontre d’extraordinaires personnages comme Gérald Jones, le déterreur de la chasse de Exmoor, plus connu sous le nom de « Dan Russell ». La rencontre de ce maître fut pour Eddie comme de se confronter au créateur du Jack Russell Terrier en personne. À son tour, Eddie partage ce savoir avec des personnes capables d’en comprendre l’intérêt. Il nous permet généreusement de reprendre un passage de son livre The Real Jack Russell, publié en 1993 par lui-même ; dans lequel on découvre un passionnant entretien avec le fameux Gérald Jones, alias Dan Russell, alors âgé de 85 ans.

Dan Russell« Le point le plus important dans la vie de n'importe quel fervent de Jack Russell est assurément ses toutes premières expériences de la race, parce que les premières impressions vont influencer cette personne pour le reste de sa vie.
Le premier « expert » rencontré vous orientera invariablement vers son « type » préféré comme étant le meilleur et le seul type qui soit. Ce qui pour une grande majorité de personnes mène à l’échec et à celui de leurs terriers, simplement parce qu'elles ont été malheureuses dans leur premier contact avec la race.
De ce point de vue, je me suis toujours considéré plus chanceux. Rencontrer très jeune un passionné voué au type « correct », recevoir très tôt cette empreinte eut pour avantage de me tenir prêt jusqu'à ce que je sois encore le plus chanceux de rencontrer et de travailler avec une personne que je considère comme « l'Expert » de la race. C'était, il y a presque trente ans de cela, la première fois que j’allai aux fox-hounds d'Exmoor comme deuxième piqueur, mais après avoir dépensé plus de dix ans à apprendre l’art de travailler avec les Jack Russell, avec deux des hommes de terrier les plus intelligents de l’époque. Je croyais vraiment alors déjà tout savoir, mais mes certitudes s’écroulèrent dès les premiers jours de chasse, dès que le premier renard fut débusqué et déterré, ce jour là, par l'homme de terrier de cette chasse, M. Gérald Jones.
M. Jones, comme je l'ai toujours appelé, était le meilleur. Il était connu sous le nom de « Dan Russell » et je fus agréablement surpris d'apprendre que je travaillais maintenant avec quelqu'un dont j'avais lu tant d’articles avec intérêt pendant des années.
Il était, pour dire les choses avec modération, quelqu'un dont vous aviez immédiatement le respect, parce qu'il était si évidemment confiant de chaque chose qu'il faisait. Je n'avais jamais, jusqu'à alors, entendu personne commenter ce qui arrivait vraiment sous terre entre le renard et le terrier. Or entendre M. Jones raconter l’action, l’oreille collée au sol ou au bord du trou, fut vraiment une révélation.
En lui parlant, il devint vite clair qu'il était quelque chose de plus qu’un déterreur, qu’un chasseur, car là où mes deux autres précepteurs des années antérieures restaient muets à l'extrême, particulièrement au sujet de l'histoire du Jack Russell, M. Jones en parlait comme si John Russell était réellement encore vivant ou était seulement tout proche de nous.
M. Jones était ce que je décrirais comme le plus grand fanatique au monde sur l’histoire, l’élevage et le travail du Jack Russell terrier. Sa maison entière était comme un temple dédié à l'homme et ses terriers qu'il a tant admirés toute sa vie. Ce qui rendait les conversations avec M. Jones si intéressante, c’est qu'il était la seule personne dont on pouvait vérifier et tirer le savoir de sa propre expérience : Qu’est-ce qu’un vrai Jack Russell, pas seulement à quoi il ressemble, mais surtout comment il travaille ou devrait travailler et, ce qui est encore plus important, comment il devrait être produit.
La raison de ceci, qui est une chose dont je lui serai éternellement reconnaissant, est qu'il est la dernière personne authentifiée à avoir personnellement connu et travaillé des terriers avec cet autre fanatique de la race qu’est M. Arthur Hinaman.
En compilant les chapitres pour ce nouveau livre, j’ai senti que c'était peut-être la dernière occasion pour moi de pouvoir écrire les mots de quelqu'un qui avait de première main l'expérience de terriers descendants directs des propres terriers de John Russell.
Ainsi avec ceci en tête, je suis descendu plusieurs fois à Devon afin de prendre, mot pour mot, la dernière interview donnée par Gérald Jones, qui par ailleurs, à l’heure de l'écriture, atteignait ses quatre-vingt-cinq ans.
L'interview a été faite sur une base de questions et de réponses, dont les réponses sont les propres mots de M. Jones, et pour chaque entretien, après que M. Jones ait relu les réponses et leur ait apposé sa signature pour vérifier leur authenticité.

Entretien avec Dan Russell (Gérald Jones), entamé le 24 septembre 1990.

Eddie Chapman – En quelle année êtes-vous né ?
Dan Russell – 1906.

E. C. – Quel âge aviez-vous lorsque vous avez rencontré Arthur Hinaman la première fois ?
D. R. – Sept ans.

E. C. – Comment l'avez-vous rencontré ?
D. R. – Nous demeurions dans l'Anker à Porlock Wear, un jour j'ai entendu quelques chiens aboyer dans le haut du bois, là derrière, j’y suis allé pour enquêter. Il y avait là d'une demi-douzaine hommes, avec au moins une demi-douzaine de terriers blancs. Il y avait un grand homme coiffé d’un chapeau melon gris qui semblait responsable des opérations. J'étais tout excité par l'atmosphère et l'enthousiasme évident de chacun, quand le grand homme au chapeau melon demanda qu’on amène un terrier, je sautai sur l'occasion d'être un peu utile, et alors je me rendis aussi utile que possible pour le reste de l'après-midi, tant que je pus rester là. Le grand homme au chapeau melon était, bien sûr, Arthur Hinaman. Il se montra d’une grande bonté à l’égard de ce très jeune garçon, inquisiteur, juste parce qu’il semblait fasciné par ses chiens. Je n'ai jamais oublié cette première rencontre. Quelques années plus tard, quand j’en fis mes affaires et que je devins à son contact très informé, il me donna mes deux premiers terriers.

E. C. – Combien de terriers a-t-il gardés à la fois ?
D. R. – Il conservait toujours entre quarante et cinquante Jack Russell de travail dans les chenils, mais il avait invariablement environ trente chiots à la promenade auprès de différents villageois, une pratique commune à l’époque.

E. C. – Comment décririez-vous Arthur Hinaman ?
D. R. – Il était généreux à l’excès, et tout à fait franchement, au point d’en être bête pour lui-même. Après un déterrage, il insistait toujours pour offrir à boire au pub et ça m’a désolé que les mêmes gens qui lui ont ciré les pompes pendant toute sa vie, l'ont autant dénigré après sa mort. Je révère la mémoire de cet homme qui était si gentil avec ce petit garçon qui posait toujours tant de questions.

E. C. – Comment travaillait-il avec ses terriers ?
D. R. – Il était surtout déterreur de blaireau, mais il a travaillé au renard et aussi à la loutre quand il était maître des chiens de loutre de Cheriton. Il exigeait toujours que son sang soit du plus pur Jack Russell et demandait qu'ils soient complètement au jeu.

E. C. – Il est écrit qu’il a acquis son premier lot de Squire Snow, mais a-t-il utilisé d'autres sangs pour créer ses lignées ?
D. R. – Oui, il a obtenu ses terriers originaux de Squire Snow of Ore Ford, qui était alors maître des fox-hounds d'Exmoor. Qui les avait acquis, à son tour, de John Russell lui-même. Hinaman n'est jamais sorti du Pays Ouest pour le sang de ses lignées, en exigeant toujours que les terriers utilisés soient seulement des descendants directs de ceux de John Russell.

E. C. – A-t-il vendu beaucoup de terriers et si oui, à qui et dans quel but ?
D. R. – Oui, il en a vendu une « chiée » ! Ils sont tous partis pour le travail, beaucoup de départ à l'étranger dans toutes les parties du monde, avec des prix allant jusqu'à trente livres, même à l'époque, car il était bien connu comme un éleveur de terriers de travail dans le monde entier.

E. C. – Est-ce que beaucoup d'autres personnes de l’époque suivent les mêmes lignes de reproduction que Hinaman ?
D. R. – Ça je ne peux pas le dire, mais je devrais l’imaginer ainsi, puisqu’il avait une gigantesque réputation à produire le juste type et que chacun semblait avoir un peu de son lot dans son chenil, surtout dans le sud et à l'ouest de l'Angleterre.

E. C. – A-t-il jamais essayé d’enregistrer ses terriers au Kennel Club ?
D. R. – Non, pas à ma connaissance, il n'avait aucun intérêt pour les terriers du Kennel Club. »

The real Jack RussellExtrait du livre The Real Jack Russell, Eddie Chapman, 1993.
Avec l'aimable autorisation d'Eddie Chapman.
Traduction Dominique Sablons.

 
 
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