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Une nouvelle vie

Les chiens souffrent-ils de la disparition de leur maître ? Pour Denise, il n’y a aucun doute.

Ougo, mon Jack Russell, vient d’avoir neuf ans, il a vécu une fin d’année difficile. Il a perdu son maître en juillet. On parle toujours du chagrin éprouvé par les maîtres lors du deuil de leur petit compagnon, mais que dire du désespoir éprouvé par celui-ci dans le cas contraire ? Les chiens sentent-ils la mort ? Moi, je peux vous dire que pour les derniers moments de son patron, Ougo était très agité. Puis ce furent des jours très éprouvants pour nous, j’en garderai le trouble pour toujours. Le regard de mon chien était insoutenable, j’en avais le cœur chaviré. Lorsque je m’absentais, je lui mettais la vieille robe de chambre de son maître sur son lit de malade. Alors comme avant, avec un soupir, il se couchait et se calmait. Aujourd’hui encore, lorsqu’il se cache sous son lit, j’ai le cœur gros.

Dire que sa vie a changé, c’est peu dire, car il était toujours en voiture pour des ballades quotidiennes. Elles canalisaient son énergie. Là, dans la zone boisée du Puythouck, il était heureux, son flair impitoyable. Avec moi, rien de pareil : je ne conduis pas, les promenades sont plus courtes et hygiéniques. Une des premières choses que j’ai conçue, c’est de faire clôturer notre jardin pour qu’il puisse se dépenser à sa guise, sans risque, car il cherchait à fuguer. D’autre part, j’ai repris l’éducation à la base, ne cédant sur rien, en m’instruisant des émissions sur le comportement des animaux. Avec fermeté et douceur, j’ai établi de nouveaux codes :
– Le non, avec le doigt pointé ! Assis ! « Fais patte couche ! » À ta place ! Tu ne peux pas !

À présent, lorsque je le cherche et que je l’appelle, il pointe sa petite tête pour se faire voir. Les enfants ont multiplié leurs visites, joué avec lui. Le vétérinaire, consulté pour son vaccin annuel m’a dit : « Du moment qu’il sent une présence, qu’il a à boire, à manger et, surtout de la tendresse, il s’en sortira ! »

Curieusement, il s’est adapté à mon nouveau mode de vie, j’ai élargi notre cercle d’intimes pour qu’il admette d’autres personnes, car il était très protecteur, excellent gardien. Il a partagé mes galères quotidiennes et lorsque à mon tour, au cœur de l’hiver, épuisée moralement et physiquement, j’ai sombré d’avoir tout retenu. Il a été attentif jour et nuit, me faisant rire avec ses pitreries. Parfois bien sûr, lorsqu’il m’apportait son joujou orange ou sa balle à 11 heures, je n’appréciait que modérément.

Lorsque je travaille – à mi-temps – il m’attend, il ne mange pas et boit peu. Il lui arrive encore de faire des bêtises : la dernière, sans doute provoquée par le passage d’un chat du quartier, de rage, il s’est accroché à mes rideaux fatigués qui se sont déchirés.
Aujourd’hui, avec quelques soucis de santé et l’approche de la retraite, je n’ai qu’une seule hantise : Qu’adviendrait-il de lui s’il m’arrivait quelque chose ? Pour le reste, nous continuons notre route ensemble, sa présence m’est indispensable. Finalement, nous nous sommes accommodés de notre nouvelle vie.

Denise Hérault

 
 
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