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Dan Russell (3) Troisième partie de l’entretien d’Eddie Chapman avec Gérald Jones, alias Dan Russell qui nous décrit le déterrage du blaireau selon Arthur Hinaman. Nos deux experts nous livrent quelques réflexions sur l’engouement pour l'élevage du Jack Russell et des égarements qui ont pu ou qui peuvent en résulter.
« Eddie Chapman – Hinaman faisait-il de la publicité pour ses fouilles au blaireau comme pour les rassemblements de chasse ?
Dan Russell – Non, il n'était pas du même moule que Sir Jocalin Lucas, par exemple, qui faisait de la chasse au blaireau un sport et un spectacle public, où le riche venait pour se socialiser et s’amuser. Le déterrage du blaireau était, en ce qui le concerne, un sport privé avec seulement ses bons amis, qui comme lui travaillaient avec leurs terriers pour le sport, qui seraient invités, bien qu'il ait toujours eu une bonne suite de sportifs locaux, d’ouvriers agricoles et l’excursion, prête à donner un coup de main pour participer à n'importe quel déterrage qu’il organisait.
E. C. – Pouvez vous décrire une fouille au blaireau typique avec Arthur Hinaman ?
D. R. – Un déterrage au blaireau avec Arthur Hinaman était toujours un événement très instructif, parce que l'on était toujours conscient d’être en compagnie d’hommes qui connaissaient cette chasse et qui appréciaient le bon type de terrier pour ce travail.
Sous certains aspects, ça ressemblait à une opération militaire, bien que chacuns fussent à la fois détendus et remplis d'enthousiasme et d'excitation. Elle réunissait une équipe pour creuser et quelqu'un, pas toujours Arthur Hinaman, prenait le terrier de n’importe qui prêt a travaillé en premier sur la garenne et le lâchait.
On donnait toujours aux terriers la liberté d'entrer par n’importe quels trous qu'ils choisissaient. On n'essayait jamais un trou particulier. On laissait d’abord au terrier le temps de trouver le blaireau et de s'installer, à partir de là chacun se mettait au travail et les autres terriers étaient fermement tenus attachés en surface, à l’écart du lieu de la fouille.
Si le terrier était toujours en mouvement sans avoir encore acculé son blaireau, on ordonnait à chacun d'écouter l’oreille collée à terre pour que l’on puisse vite déterminer la position du terrier, lequel devait être à l’accul. Cela ne prenait jamais beaucoup de temps, ou très rarement, et très souvent le terrier aboyait contre son blaireau acculé au fond de sa galerie. À ce moment chacun se remettait au jeu, dans ce cas il fallait seulement quelques minutes pour s'installer avant que l'ordre soit donné de commencer à creuser : quand au moins deux ou trois personnes étaient d'accord sur la position exacte et sur la profondeur du terrier. Des trous de barre étaient faits dans la terre pour aider à localiser le terrier si la garenne s’enfonçait très profondément.
Il ne manquait jamais de bêcheurs enthousiastes, et très souvent il se passait une journée sans que l’on ait l'occasion d'utiliser une bêche du tout. La taille du trou que l’on devait creuser était toujours convenue avant que la fouille ait commencé. Elle était déterminée selon la profondeur à laquelle on estimait retrouver le terrier, trois pieds (2,75 m) pour un trou très peu profond, six ou sept pieds (5,5 à 6,4 m) pour des six ou sept pieds de fouille, encore plus grand si on pensait que c'était vraiment profond.
Quelqu'un d’expérimenté donnait toujours l'ordre d'arrêter de creuser par intervalles où ils pouvaient descendre dans le trou et écouter pour déterminer la profondeur restant à creuser et aussi la direction et l'endroit exact de la tête du chien, un grand soin était toujours pris pour ne pas creuser devant le terrier donc pour ne pas déranger le blaireau inutilement.
Quand le terrier était très proche, ils utilisaient quelquefois une petite tige ou une sonde pour faire un petit trou dans la galerie où se trouvait le chien, dans le cas où il y avait confusion quant à la voie vers laquelle on pointait. Alors, quand presque dessus, Arthur Hinaman ou autre personne expérimentée entrait dans l’excavation pour finir de creuser vers le chien.
C'était toujours très rapide, aussitôt que la terre se rompait, une bêche était toujours très vite insérée entre le terrier et le Blaireau pour préserver le chien au cas où le blaireau eût décidé d'attaquer le terrier dès que la lumière du jour inondait le trou.
Le Blaireau était alors bloqué. Le terrier était extrait et soutenu hors du trou, mais il n'était jamais emporté et attaché tant que le cas du blaireau ou des blaireaux n'avaient pas été traités, comme cela pouvait être de nouveau nécessaire si le blaireau parvenait à s'enterrer, ou si d'autres blaireaux derrière le premier s'étaient enterrés pendant que le premier faisait face au terrier.
Il a toujours été jugé préférable d’utiliser le même chien pour retrouver un blaireau à la fin de la fouille s'il s'était réabrité, car ce terrier était moins enclin à s’exciter et à s’acharner sur le Blaireau, si on le redécouvrait subitement. Quand le terrier était bien hors du trou, la sortie de la garenne était alors fermement bloquée et si on décidait d’emporter les blaireaux ailleurs, le fond du trou était alors nettoyé à fond et équarri, en donnant au terrassier autant de place que possible pour travailler. Les sacs étaient tenus prêts avec la ficelle pour les attacher. Quand le trou était mis à jour et le blaireau trouvé, toujours à faire face au tailleur, alors il était encouragé à se retourner. De la terre était alors renversé sur lui pour l'arrêter et l’empêcher de se retourner subitement sur la main tenant l’arrière train. Une personne préposée à la saisie du blaireau, habituée à le manipuler de façon souple et ferme, sans geste vif accidentel pour la queue du blaireau, sauf dans les circonstances extrêmes, ainsi le blaireau pouvait alors être soulevé et donné à quelqu'un d'autre pour le mettre en sac.
Aussitôt qu'un blaireau était extirpé, quelqu'un d'autre devait toujours être là pour mettre une bêche sur le trou resté ouvert, au cas où un deuxième, voire un troisième blaireau sortirait brusquement. Tout était fait avec une précision quasi militaire, qui ne laissait rien au hasard, aucun cri ou terrier lâché à courir autour, tout très ordonné et professionnel, avec des règles très strictes et des codes de conduite qui devaient être observés sinon on ne vous permettait plus de participer à un autre déterrage.
Aliments et boisson étaient quelquefois fournis par le propriétaire foncier, mais surtout vous apportiez votre en-cas. Les boissons fortes étaient découragées sur le déterrage, bien qu’ensuite Arthur Hinaman payait à la plupart des boissons si un pub était dans les parages, où l’on se racontait des histoires de grands terriers et de déterrages profonds en abondance.
E. C. – Les blaireaux étaient-ils régulièrement libérés après la fouille ?
D. R. – Non, ils étaient aussitôt tirés ou mis en sac et transportés directement hors du district.
E. C. – Pourquoi n’étaient-ils jamais laissés libres ?
D. R. – Comme aujourd'hui, il y avait bien trop de blaireaux dans quelques régions, donc ils avaient besoin d’être sélectionné, ainsi, bien qu'Arthur Hinaman travaillait avec ses terriers aux blaireaux pour le sport, il leur donnait un but en contrôlant les blaireaux pour les fermiers. Il maintenait aussi, ce que je confirme par expérience, qu'un blaireau une fois déterré par un terrier devait être tiré sur-le-champ ou transplanté dans une région où il ne serait probablement jamais plus déterré de nouveau, car la deuxième rencontre du blaireau avec un terrier serait nettement plus agressive envers le terrier, comparé à la première rencontre, avec la conséquence possible de bouleverser un bon terrier inutilement, et en plus s’en serait fini du déterrage sportif avec les mêmes blaireaux encore et encore, tant pour le chien que pour le blaireau.
E. C. – Finalement, que pensez-vous du fait de croiser le Jack Russell avec d'autres races de terrier ?
D. R. – Dans les années 30 et les années 40, un certain nombre de personnes croisaient le Sealeham et le Jack Russell, surtout je pense pour le travail au blaireau. J'ai travaillé plusieurs de ces croisements moi-même, et ils étaient aussi de bons terriers de jeu, mais peut être un peu dur pour chasser en meute, mais on ne voit plus ces croisements.
Je ne pense pas cependant qu'ils étaient meilleurs au blaireau qu'un Jack Russell pur et ils prenaient certainement plus de punitions, bien qu'il n’ait jamais sembler les inquiéter. Leur désavantage principal selon moi était leur manteau excessivement lourd.
Le croisement de Lakeland semble avoir été un engouement très récent et personnellement je ne peux pas y voir de sens, comme on n'aurait pas permis, de mon temps, à ces terriers de sortir avec des chiens de meute car ils étaient tout à fait inappropriés à la chasse ici dans le Sud, en raison de leur hyper agressivité. Mais comme la popularité des expositions ne cessait d’augmenter : je suppose qu'il était inévitable que des éleveurs de chien malhonnêtes et des commerçants, qui semblaient bien gagner leur vie à vendre des chiens de spectacle à tout le monde, trouvaient là un moyen d'améliorer les points de parade de leurs terriers et pouvaient donc demander des prix encore et encore plus hauts.
Cependant, le point triste de tout cela est que plus d'entre eux sont en scène et que plus ils réussissent, plus les jeunes gens arrivent ignorants à la race, plus ils finiront par les accepter comme des Jack Russell. Ce que, bien sûr, ils ne sont absolument pas. Et, comme la même chose est arrivée au Fox-terrier quand c'est d'abord devenu un chien de spectacle populaire, je crains beaucoup pour l'avenir du Jack Russell. »
À la suite de son entretien avec Dan Russell, Eddie Chapmann ajoute ses propres considérations :
« Et bien voilà, directement à la source, que ça nous plaise ou pas, que nous soyons d'accord ou pas avec les commentaires : la stricte vérité, telle que ce vieil homme s'en souvient. Je conseillerais au lecteur de le prendre comme l'Évangile, car à 84 ans, confiné à un fauteuil roulant avec juste ses souvenirs, il n'a aucune raison au monde de nous dire autre chose que ce qui était.
Son dernier commentaire : " Soixante ans ce n'est pas long vous savez ! ", (voir fin de l'article précédent) je dois l’admettre, m'a fait me rendre compte que les choses ne durent pas dans l'histoire d'une race et mon propre élevage est la preuve de cela.
Par exemple, j'ai acquis mes trois premiers Jack Russell à l’âge de trente-six ans. Les terriers que j'ai maintenant de la même lignée leur sont assez identiques. Je tiens pour un fait que le type qui a produit la ligne avant, je le jure, était du même type soixante ans avant et cela remonte juste après la mort de John Russell. Peu de temps vraiment, si vous vous êtes tenus au type, c'est-à-dire la façon dont ils travaillent n'a pas changé non plus. Ils aboient toujours comme un Jack Russell le doit, sinon, il faut le dire, ce ne sont pas des Jack Russell.
D'autre part, si j'avais introduit une autre race dans ma ligne, j'aurais changé leur exaltation pour la chasse et la façon dont ils travaillaient en deux ou trois ans, de ça je n’ai aucun doute mais pourquoi le devrais-je ? Je les aime tels qu'ils sont, juste des Jack Russell de travail, simple et ordinaire. Hinaman les a aimés tels qu'ils étaient. Il n'a pas ajouté d’autre race en eux, n’est-ce pas ? Et ils travaillaient assez bien pour lui, n'est-ce pas ? Regardez juste leur réputation : ils l'ont gagné, non seulement dans ce pays, mais dans le monde entier et non seulement comme chiens de renard, mais aussi comme chiens de blaireau, l'épreuve ultime pour n'importe quel terrier de n'importe quelle race.
Il y a des faits historiques sur le Jack Russell terrier qui ne devrait jamais être oubliés, les faits qui sont l’unique raison pour laquelle la popularité du Jack Russell continue en tant que chien de chasse de travail au terrier.
Jack Russell et plus tard Arthur Hinaman, furent des sportifs hautement respectés. Il ont produit et éduqué un terrier qui avait un instinct naturel pour aboyer quand il faut jusqu'au sa proie, un terrier capable de tenir tant au renard qu’au blaireau dans un trou d'impasse aussi longtemps qu’il faut au déterrage. Quand le terrier était découvert, la proie était toujours de la taille appropriée, et qui plus est, sa proie était intacte autant que l’était le terrier, car il travaillait avec sa voix et sa voix seule. Un style de travail tout à fait convenable pour un terrier de chasse travaillant dans le Pays Sud, ou comme un chien de blaireau efficace et humain. Oubliez ou ignorez ces faits traditionnels et vous ne serez jamais un éleveur de Jack Russell terriers... »
Extrait du livre The Real Jack Russell, Eddie Chapman, 1993,
avec l'aimable autorisation d'Eddie Chapman.
Traduction Dominique Sablons. |