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La première fois On ne le dira jamais assez : « Les Russell terriers sont avant tout des chiens de travail ! » Bien nés, et bien menés, sur le terrain ils savent ce que l'on attend d'eux. Voici l'exemple de Jacquot, avec une histoire racontée par son maître qui le regrette beaucoup.
Il y a maintenant de nombreuses années, je chassais régulièrement les ongulés en forêt domaniale de Saint Sever. C’était une chasse à tir aux chiens courants avec des bâtards d’Anglo-français de petite vénerie, très chasseurs, bien ameutés et très requérants. Cette chasse se pratiquait le samedi. Le jeudi était par tradition le jour de la chasse du renard et du blaireau qui se faisait avec des chiens terriers par déterrage ou au sauteux.
L’histoire se passe en décembre, pendant la saison des amours du renard, période favorable à la chasse au sauteux. Je venais depuis quelques semaines d’être coopté dans l’équipe du jeudi. Elle était composée de notre piqueux chef Daniel, détenteur du droit de chasse et de la meute d’anglo-français. Il avait déterré longtemps le renard mais n’avait plus de chiens terriers depuis la mort de Babette, bâtard de fox, dont il nous rabattait les oreilles sur ses prouesses passées. Il y avait aussi René, ancien bouilleur de cru, qui avait déterré toute sa vie un peu partout avec des bâtards de fox et de teckels. Il était assez renommé et avait atterri à Saint Sever par le bouche à oreille des chasseurs du moment. Il se trouvait momentanément « démonté » par les blessures de deux fox et la maladie d’un teckel. Antoine, plus chasseur de bécasse que déterreur nous accompagnait souvent. Si bien qu’en ce jeudi de décembre Daniel et René m’avaient demandé d’emmener Jacquot, mon Jack Russell terrier de 15 mois, cadeau de William Parcy, éleveur occasionnel de Russell terriers dont les origines étaient Fox Warren. Cette invitation s’était faite sur un ton un peu narquois : « On verra ce qu’il sait faire ton anglais… »
Il fut décidé de chasser le Bourlottin, « queue de forêt » près des champs un peu à l’écart de la grande chasse. Les trois premières garennes étaient vides et l’on devait faire confiance à Jacquot puisqu’il était le seul à chasser. A la deuxième, puis à la troisième, les compères se mirent d’accord pour trouver que les garennes étaient un peu fréquentées et sentaient le renard. Ils regardaient Jacquot de travers. Il avait pourtant fait son métier et exploré comme il se doit les garennes qu’on lui présentait. Il n’empêche que je commençais à me demander s’il était bon et motivé, d’autant que René et Daniel savaient en rajouter gentiment.
La quatrième garenne surplombait un ruisseau. Elle avait quatre à cinq trous et ne semblait pas fréquentée. On lâcha Jacquot qui après une courte inspection rentra très prudemment dans un trou. Je voyais bien que son attitude n’était pas la même que pour les trois premières garennes. Après quelques instants, j’entendais pour la première fois sa voix au ferme devant un animal de chasse et quelle voix ! Quelle cadence ! René commença à dire qu’il devait s’agir d’une musaraigne, à la grande joie de Daniel. Les abois se poursuivaient avec intensité et se déplaçaient dans la garenne. Soudain, la tête du renard apparu au trou inférieur vers le ruisseau puis rentra précipitamment dans la garenne malgré notre silence. Le renard connaissait maintenant notre présence. Allait-il sauter ? Les abois, sans cesser, devinrent des cris suraigus. Le renard avait chargé le chien qui criait sa douleur. Les abois reprirent plus cadencés et plus fort qu’auparavant. On sentait sous nos pieds la chasse qui bougeait et ce fut le saut du renard : d’un bond il traversa le ruisseau et monta rapidement la pente raide d’en face, salué par quatre coups de fusils, pas un de moins. Mais il courait encore. Impensable, tout le monde avait manqué !
– Tu as vu René, comme la musaraigne court vite pour éviter les plombs !
Mes deux acolytes faisaient un peu la tête, pas très fiers, les fines gâchettes...
– Le premier renard de Jacquot, vous auriez pu vous appliquer !
– Il en chassera d’autres, il n’est pas mauvais…
La messe était dite.
Et Jacquot en chassa beaucoup d’autres pendant dix années. Il devint la référence du groupe. Toutes les garennes vides se terminaient par : « Fait vérifier par Jacquot ! »
Il prit ses habitudes, il dédaignait d’un coup de nez les garennes vides après avoir visité tous les trous. Quand la garenne était habitée, il s’enfonçait de quelques mètres, puis ressortait pisser et rentrait à nouveau sous terre. On savait que les abois n’allaient pas tarder. C’était un tout bon Jack Russell.
Jacques-André Lebrun |